Relais « Qualité de vie au travail » du 19 mars 2022

Nous étions 23 ce samedi 19 mars 22 à nous retrouver  à l’invitation de l’ACO pour partager autour du thème « qualité de vie au travail »,  concerné pour nous même,  où pour notre entourage.

Une grande diversité d’âge et de parcours ont fait la richesse de ce moment.

Après un apport très complet rédigé par Jackie sur le rapport au travail aujourd’hui, notamment celui des plus jeunes, trois témoignages très riches sont venus illustrer ces nouvelles exigences ;

Agent d’entretien dans ’une cantine inter entreprise où  entretenir le liens entre collègues, défendre ses conditions de travail  est un engagement quotidien  ; jeune infirmière pleine d’élan et de valeurs qui s’essaie à plusieurs services pour approcher des milieux de travail différents, et enchaine les désillusions,  jusqu’à trouver sa place dans un service de médecine du travail qui laisse encore de la place à l’humain ;   jeune salarié à la formation commerciale  qui après un parcours divers est recruté à la CPAM, et se syndique pour faire avancer collectivement   les questions.

Les échanges qui ont suivis ont permis de ressortir des pistes d’amélioration, et d’affirmer des valeurs de dignité, de  sens dans son travail, de force du collectif.

Cela s’est enrichi de l’expression d’une copine au chômage, nous partageant la fragilité vécue par cette situation, mais aussi les élans et les espoirs

Ces partages seront transmis à l’ACO nationale, illustrant les thèmes de la dignité et des privés d’emploi retenus pour la rencontre Nationale de Lourdes début juin

Vous trouverez ces différents apports ci-joints

« CO constructeurs d’un monde meilleur » Le thème  retenu pour  la Rencontre Nationale a résonné fort une fois encore samedi dernier  lors de ce relais.

Le travail du bonheur à l’enfer

Aimer son travail est considéré aujourd’hui comme un facteur majeur de la réalisation de soi, plus personne et particulièrement les jeunes, plus personne ne veut perdre sa vie à la gagner

3 motifs expliquent la motivation à travailler : gagner sa vie, exister socialement et faire des choses intéressantes.

Nous voyons autour de nous combien les chômeurs souffrent d’une « perte d’identité » pas seulement de revenus.

On voit aussi beaucoup de retraités se lancer dans des activités bénévoles. A la volonté d’être utile et au désir d’aider l’autre s’ajoute un bénéfice personnel : continuer à « être quelqu’un » C’est ce que procure aussi le travail !

Confucius (philosophe Chinois 5 siècles avant JC) disait « Choisissez un travail que vous aimez et vous n’aurez pas à travailler un seul jour de votre vie » Cette pensée est extrêmement moderne.  Même dans une société figée comme la Chine Antique il pensait qu’on pouvait toujours choisir un métier autre que celui qui était assigné par la société car pour lui le travail pouvait être plaisant ou vécu comme un enfer selon qu’il correspondait ou non à nos aspirations profondes.

Et c’est vrai, on peut trouver de l’intérêt dans beaucoup de métiers même dans des domaines apparemment peu valorisants !

Et pourtant parfois, l’amour du travail peut conduire à l’enfer.

D’abord parce que beaucoup de gens aiment leur travail et aiment le faire bien, ils déplorent aujourd’hui de devoir le faire dans l’urgence et sous pression. L’activité empêchée, c’est le salarié qui, à la fin de la journée, se dit « aujourd’hui encore j’ai fait un travail ni fait ni à faire »

Tout ce qu’on n’arrive pas à faire en accord avec soi-même, produit de la mauvaise fatigue et nous empêche parfois de dormir.

  • L’exaltation de la performance individuelle et la mise en concurrence des salariés les conduisent souvent à travailler plus mal alors qu’ils pourraient faire mieux.
  • L’évaluation du travail lorsqu’elle tient à des indicateurs quantitatifs a les mêmes conséquences. Or faire « un travail de cochon » nuit à la santé parce que nous sommes en désaccord avec nous-même. De surcroît, le management, par l’évaluation individualisée, affaiblit les collectifs et les solidarités et condamne les salariés à la solitude. Or ceux-ci ont besoin des ressources et de la reconnaissance de leurs collègues pour bien travailler.

 

Dans la santé, le social, l’éducation, mais aussi dans le rapport au client qui se développe dans l’industrie, le commerce, le travail pose de redoutables problèmes de conscience :

  • Ai-je traité le client, l’usager, la personne comme elle le mérite ?
  • La logique commerciale ou administrative qu’on m’impose me permet-elle de satisfaire ses attentes ?
  • La qualité est-ce le chiffre d’affaire obtenu ou la satisfaction de l’usager ?

Aujourd’hui ceux qui travaillent en première ligne et ceux qui dirigent n’ont pas la même vision sur ce qu’est la qualité du travail. Ce ne serait pas grave si on pouvait discuter de ces différences de point de vue pour dégager un compromis mais ce n’est pas souvent possible ceci étant considéré bien souvent comme une perte de temps ! et pourtant ….

 

Le rapport des jeunes au travail : une révolution silencieuse

Une enquête du Monde 25/01/22

L’idéal d’un investissement inconditionnel des salariés pour le compte de l’entreprise a vécu. Pour les moins de 35 ans quand ils énoncent leurs priorités au travail, ils parlent d’autonomie, de quête de sens, mais pas de devoir moral, ni de sacrifice. Ils ne veulent pas s’user au quotidien dans l’espoir d’une bonne fin de carrière comme le faisait leurs aînés

Bénéficier de davantage d’autonomie

« Les heures fixes non, merci !  Je veux m’organiser et mener mes missions avec une flexibilité sur les horaires, avec du télé travail » (26 ans)

Conscients du creusement des inégalités, de la fragilisation de la société et des désastres écologiques, les jeunes prennent des distances avec le monde du travail de leurs parents qui n’a pas tenu ses promesses de progrès social. Ils ne veulent pas reproduire l’irresponsabilité qu’ils reprochent à leurs parents

 « pour notre génération tout est question de choix. Nous voulons être libres de choisir notre métier, notre intimité, notre travail … si la société prend un tournant qui ne nous plait pas, on peut s’en sortir et vivre à côté » (jeune de 30ans)

Les jeunes n’ont pas peur de quitter un travail soit par démission, non renouvellement de contrat ou rupture conventionnelle. D’après le ministère du travail  au 2ième trimestre 2021

991 100 contrats se sont terminés en juin 2021 (démissions en hausse de 22%)

Audrey Richard responsable de l’association des DRH : « on constate des abandons de poste, des départs en province, les entreprises ont le sentiment que les priorités des jeunes se sont inversées, avec la vie personnelle qui passe désormais avant le travail … Une fois dans l’emploi la lassitude est beaucoup plus rapide, ils n’hésitent pas alors à zapper d’un poste à l’autre, on constate des démissions, des abandons de poste, des délocalisations en province. La crise fait que les gens se sont questionné sur le sens au travail »

Avec la crise il y a eu une accélération dans la mobilité d’emploi : 75% des salariés de moins de 40 ans ont entrepris ou envisagé une reconversion professionnelle en 2021

Le télétravail plébiscité par les salariés, jeunes et moins jeunes

Au plus fort de la pandémie au printemps 2020 34% des salariés ont télé travaillé selon l’Insee, alors qu’en temps normal ils n’étaient que 3% à le pratiquer au moins une fois par semaine et parmi eux majoritairement des cadres (61%)

Ces derniers temps de nouveaux salariés ont expérimenté le travail chez soi, dans le domaine des services, du tertiaire, dans les administrations mais aussi dans les domaines qui semblent à priori moins évidents comme l’enseignement, le social ou même le médical

Une enquête de la CGT en 2020 annonce que près d’un tiers de télé travailleurs n’ont pas été doté par leurs employeurs en équipement informatique et que près de 80% n’ont pas disposé de droit à la déconnexion, d’où augmentation du temps et de la charge de travail, et lorsque le bureau est dans le salon il devient une entrée violente dans l’intimité !

 Et bien sûr cette période a mis en tension les collectifs de travail, pourtant le télétravail risque d’être la norme dans le futur (un ou 2 jour par semaine) il va donc falloir l’encadrer plus précisément

Les jeunes veulent trouver du sens au travail

78% des 18/24 ans n’accepteraient pas un emploi qui n’a pas de sens pour eux

 

Les jeunes sont prêts à prendre des risques

63% des jeunes sont prêts à prendre un poste plus précaire pour un emploi porteur de sens, ils sont plus qu’avant motivés par l’intérêt du poste.

« Si l’activité ne répond pas à leurs attentes, ils n’ont ni doute ni scrupule pour ne pas renouveler un contrat même s’ils n’ont pas de projet à l’extérieur »

Mais aussi ils ont des exigences plus grandes que leurs ainés

64% des 18-24 ans n’accepteraient pas un salaire inférieur à celui qui est visé

Les entreprises confrontées aux difficultés de recrutement conscientes de cette évolution doivent changer les logiques de recrutement si elles veulent séduire les jeunes qui les intéressent

 

Mais aussi quelle qualité de vie au travail pour

  • Les autoentrepreneurs ?
  • Les invisibles des métiers du soin et du prendre soin à domicile ?
  • Les travailleurs avec Uber et Deliveroo entre autre ?
  • Ceux qui travaillent dans les plateformes logistiques ?
  • Ceux qui survivent grâce au travail au noir ?

 

  • Les autoentrepreneurs : ils sont 1,7 millions dont 952000 déclarent un chiffre d’affaire.

Leurs revenus sont faibles (75% reçoivent moins de 680€ par mois) et pour ¼ d’entre eux ils sont pluriactifs

D’après l’Insee en 2020, plus de 800 000 nouvelles micro-entreprises ont été crées.

 D’après Nadine Levratto chercheuse au CRNS ces créations sont surtout des créations de nécessité : « on crée juste des travailleurs pauvres ».

Faciles à créer, ces microentreprises donnent l’illusion aux jeunes de pouvoir créer, saisir leur chance d’être indépendant et se réaliser dans son travail à son rythme.

Mais la création de ces microentreprises est aussi le fait de personnes discriminées dans le monde du travail par le fait du racisme ou du handicap ou par l’impossibilité de trouver un emploi salarié dans leur branche. Ces auto entrepreneurs, sont dans une grande fragilité et si leur entreprise capote, ne pouvant pas prétendre au chômage ils basculent, sous certaines conditions au mieux ,dans le RSA.

Les invisibles des métiers du soin, du prendre soin à domicile :

Majoritairement féminin, le travail domestique reste mal reconnu, mal payé et dévalorisé. Les inégalités s’y cristallisent. Car celles qui occupent les emplois de service domestique et de soin à domicile sont en effet majoritairement des femmes peu ou pas diplômées, ou dont le diplôme étranger n’est pas reconnu en France. Elles sont pour la plupart issues des classes populaires ou des petites classes moyennes et une importante partie d’entre elles est issue de l’immigration ou étrangère.

Le portrait type de la salariée à domicile est celui de femmes particulièrement discriminées et défavorisées sur le marché du travail, qui sont alors amenées à occuper les « gisements d’emplois » du service à domicile. Ces emplois correspondent en réalité à des heures de travail peu rémunérées, chez plusieurs employeurs, pas toujours déclarées, jamais contrôlées par l’inspection du travail, physiquement éprouvantes et réalisées dans l’espace privé d’autrui donc sans possibilité d’un regard extérieur ou d’un soutien plus collectif

Travailler pour Uber ou Deliveroo ou autres ….

Travailler pour ces entreprises afin de devenir son propre patron a un coût très élévé. Ces professionnels voient l’indépendance comme une opportunité d’accéder à l’emploi et d’échapper à la subordination qu’ils associent au statut de salarié. S’ils sont souvent entrés dans le métier « faute de mieux » ils ont souvent été séduits par l’autonomie au travail associée au statut de travailleur indépendant. Pour la plupart issus des catégories populaires immigrées et sortis tôt de l’école beaucoup ont connu le chômage, les emplois précaires, les conditions de travail pénibles avec des fortes pressions hiérarchiques. Le fait d’être son propre patron donne un sentiment de liberté mais bien vite les espoirs sont déçus..

En théorie tout est parfait mais dans la réalité pour gagner sa vie il faut accepter de travailler beaucoup. C’est le travail sur des périodes plus rémunératrices que d’autres et peu compatibles avec la vie de famille et à des heures qui correspondent aux demandes de la clientèle.

Les courses sont fixées par un algorithme en fonction de l’offre et de la demande et l’incitation se transforme vite en obligation.

Les livreurs sont constamment géo localisés pour un suivi en temps réel de la commande. Par ailleurs les clients évaluent les performances des livreurs qui sont recueillies par un algorithme qui note et sanctionne immédiatement le livreur ou le conducteur pouvant aller jusqu’à son exclusion immédiate de la plate forme

Les ouvriers n’ont pas disparu, ils travaillent sur les plateformes logistiques :

Nos nouvelles façons de consommer et de produire reposent sur des infrastructures logistiques monumentales qui prennent en charge l’acheminement des biens depuis les pays du sud jusqu’aux magasins occidentaux ou au domicile des acheteurs.

Ces implantations logistiques sont souvent sur des territoires « sinistrés » ou marqués par la désindustrialisation. La logistique est le secteur qui a le plus recours à l’intérim, les emplois y sont précaires, les salariés sont d’un entrepôt à l’autre, sans possibilité d’une réelle organisation collective, sans statut

Pour faire circuler ce flux, le secteur de la logistique emploie 800 000 salariés en France. Gestes répétitifs, depuis 2000 l’ensemble des opérations se fait sous le contrôle d’outils numériques qui encadrent chaque geste.

Dans l’e-commerce, des écrans attachés aux bras des pickers leur indiquent le nombre de secondes restantes pour prélever la commande.

Dans la grande distribution, les informations sont transmises par une voix de synthèse via un casque audio.

Sans une infrastructure logistique performante, la délocalisation dans des pays à bas coût n’aurait pas pu être possible, et ce flux de marchandise est une valeur essentielle du capitalisme contemporain.

Dans ces entrepôts, pour qu’un magasin ou un particulier soit livré en 24h les conditions de travail sont telles que les corps sont mis à dure épreuve c’est l’actualité du monde ouvrier en France dont la moitié travaille dans le tertiaire.

Le travail au noir, une économie de survie

Le travail au noir lui aussi a évolué, il est passé d’un petit boulot permettant avant tout de mettre du « beurre dans les épinards » à une économie de survie. D’après libé nov 2021 cette économie souterraine représenterait 5 à 10% du produit intérieur brut des pays dits développés. Ces travailleurs souvent étrangers et sans papiers ont recours à un système de prête-noms ou de sous-locations de comptes en contrepartie d’une commission parfois importante au préteur ! Belle exploitation de la misère , quelque fois par ses semblables juste un peu plus favorisés !

 

En conclusion

Aujourd’hui le monde du travail est en pleine mutation…. Emplois télétravailables , ceux qui ne le sont pas ,… les tâches automatisables et celles qui exigent une intelligence humaine , les métiers ubérisables et les autres , ceux qui usent les corps et les esprits , ceux qui permettent l’initiative et l’épanouissement  ….

Ces scénarios différents nous invitent plus globalement à réfléchir la place de la régulation collective dans un monde du travail qui s’individualise de plus en plus . Les organisations syndicales conscientes de cette évolution essayent de trouver des modes d’action qui permettent de peser dans les négociations collectives. 

C’est aussi la définition de ce que doit être le travail qui est en jeu .

 Comme l’écrit François Dubet « on n’attend pas seulement du travail qu’il apporte des revenus et qu’il insère dans des liens sociaux , on attend de lui qu’il permette à chacun de se réaliser , de s’épanouir , de ne pas perdre sa vie à la gagner » (Les mutations du travail F Dubet 2019)

Témoignage  d’Edwige 

Je travaille depuis 2001 dans la restauration collective, à la cantine interentreprises du CEA de Grenoble. Nous sommes 20, salariés d’une entreprise prestataire, EUREST. 750 repas sont servis en moyenne tous les jours

J’ai commencé ce travail dans la partie cuisine, où je pouvais discuter un peu avec les salariés quand ils prenaient où ramenaient leurs plateaux, avec les collègues..

Depuis quelques années,  des problèmes de santé m’ont contrainte à changer de poste. Soucis  de santé dus en grande partie à la pression au travail et au harcèlement par un de mes collègues…

Aujourd’hui, Je travaille  seule à l’entretien des locaux : salle de restauration, toilettes, hall, bureaux… je démarre à 7H le matin, jusqu’ à 11H30, où les premiers salariés  viennent manger. Avec le COVID,  plus de boulot encore, avec désinfection stricte.

Tous mes autres collègues sont dans la partie cuisine, à la préparation et l’organisation des repas…eux aussi ont vu leur travail évoluer et augmenter  avec un nouveau  contrat appelé « VIRAGE A TABLE » qui introduit le bio, le flexitarien, le végétarien…

 Heureusement que je les entends pendant que je travaille, cela fait de la vie et je me sens moins isolée. Il y a aussi le bureau du gérant à cet étage, toujours ouvert, si j’ai besoin, je peux aller le voir.

Il y a aussi le repas que nous prenons ensemble entre 10H30 et 11H, horaires imposés.

 Je mange le plus souvent avec Romain, qui souffre de Trisomie, avec Sandrine.

Nous faisons un travail invisible, mais indispensable au quotidien. On fait ce que beaucoup ne veulent pas faire.

Tous les 2 ans, il y a aussi les appels d’offre, on ne sait pas si le contrat avec l’établissement sera reconduit.. J’ai connu 6 gérants différents pour notre service depuis le début. Cela peut modifier le contrat de travail, le contenu de l’activité,  et l’ambiance au travail selon la personnalité du gérant.

Ce qui me fait tenir, et permet d’améliorer la qualité de vie au travail

-Romain qui me dit « « on est potes », des liens d’amitié qui se sont crées avec certains.

-la pause d’un quart d’heure, qui permet de discuter avec les collègues des soucis du quotidien, des besoins en personnel, matériel, des évolutions, même si souvent ce temps est grignoté par le boulot à faire

-des évènements qui renouvellent le quotidien, comme la visite d’un ministre, où de clients particuliers, ces matins là ça s’agite autour de nous… !!

– c’est Annie, déléguée du personnel avec qui je mange quand elle est là, et qui est à l’écoute.

-chaque année lors de mon évaluation, je reparle de mon souhait de formation sur les produits, les protocoles. Même si les réponses ne sont pas à la hauteur. Le gérant actuel nous regarde peu..

A travers ce travail, je me sens utile à l’entreprise, à la société ;

Avec mes collègues, je participe à la qualité de vie des salariés du site sur leur temps de repas.

Mon plaisir, c’est quand je croise un client à l’extérieur, qu’il me reconnait et me salue. C’est une forme de reconnaissance importante pour moi.

Témoignage d’Alice

Je suis infirmière depuis 2014

Profession de santé très demandée, j’ai voulu au départ « m’essayer au métier » en tournant dans différents services et différents publics grâce à des missions d’Intérim .un choix aussi car je sortais du diplôme avec l’ambition « de soulager tout le monde » et en plus j’avais des projets de voyage (flexibilité des vacances).

J’ai travaillé ainsi  dans différentes structures d’un EHPAD, dans un service de rééducation, une structure du médico-sociale, des services de médecine ou chirurgie en clinique ou au CHU.

J’ai très vite désenchantée et ressentie un sentiment de bouc émissaire, tous les maux du service tombaient sur moi. Le manque du personnel, la surcharge du travail, l’usure, le désengagement…Et comme en plus je n’étais là que de passage, je n’avais pas prise sur ce qui se passait. j’ai découvert un milieu professionnel où quelque soit le lieu, on attendait de nous toujours plus d’actes mécaniques, au détriment de la relation au patient, à l’équipe de travail. Je découvrais des collègues plus anciennes usées et amères. Je tenais en me disant «  Je ne suis pas « dans le même « bain » qu’eux, je peux changer quand c’est trop dur ». Dire cela était pour moi une phrase refuge sans pour autant soulager la pression mentale cumulée et mon désenchantement.

je me suis alors essaié à durer dans un service, pour m’impliquer plus ?, avec un  premier  CDD de 2 ans dans un  EHPAD.

Je suis sur place, je ne change pas de terrain, je peux plus m’investir. Je constate la même organisation du travail : Le temps très très court accordé à un résident et les conséquences dans la prise en charge. Une organisation violente

Cela générait beaucoup de frustrations, un sentiment de mal travailler, d’un travail inachevé, de violence et négligence faites à la personne, aux familles autour. Dans les situations de Prises en charges lourdes, c’était le « summum ».

J’avais des ruminations 24/24h, l’appréhension, un sentiment d’échec avant la prise de poste.

L’Absence d’un soignant, ce qui arrivait souvent, était toujours  source de conflit dans l’équipe, il fallait tout réorganiser, et  lorsque la cadre n’était pas, la solution reposait sur moi.je devenais un défouloir pour certains soignants, je suppléais à tout sans pouvoir en discuter.

J’ai postulé alors au CHU de Grenoble, où je suis restée un an et demi au final .C’était l’hopital public, cela rejoignait mes valeurs, j’en attendais un  mieux.. J’ai choisi le bloc opératoire car je voulais un changement dans le soin.. Apprentissage sur le tas, car travailler au bloc, c’est une formation à part entière de 18 mois. De l’entretien au 1 er pas dans le service, j’ai été accueillie à bras ouverts. Ensuite, l’équipe soignante m’a fait rentrer dans « le vif du sujet de la vie au bloc opératoire » les opérations à la chaine avec le rythme qui va avec. Au bout d’un an j’avais une saturation mentale, même en vacances d’1 semaine, la pression ne redescendait pas. On déroulait la journée de 10h, avec une vitesse grand V. Il faut faire plus d’opérations. Prendre des astreintes en semaine et week-end, que personne ne voulait prendre. Ce climat de vitesse grand V créait le stress, une équipe sous tension, des disputes. J’ai eu le malheur de refuser quelques astreintes, je ne me voyais faire 2 weekends  à la suite. La relation avec les collègues s’est vite dégradée je suis rentrée dans ce climat de disputes. Et un rapport a été fait auprès la cadre et la cadre supérieur que je ne soutennais pas l’équipe. Pendant 6 mois les collègues m’ont fait comprendre que je ne suis pas pour là pour être une soignante mais pour être un support, pour supporter le rythme, sans avoir à commenter ? J’ai craqué, j’ai démissionné

Je rentrai chez moi, je pleurai en cachette, je me posais la question, qu’est-ce que je vais faire ? Je n’arrive pas me projeter dans le métier d’infirmier(e).

Je ne me suis pas résignée, j’ai cherché encore

L’agence d’intérim spécialisée  m’a alors  proposé des missions en entreprise, dans un grand groupe. Le rythme et l’accompagnement sont différents. Je me suis plus reconnue .Comme dans tout  travail, il y a parfois des situations difficiles.

Mais j’ai trouvé une denrée rare : le temps d’écouter une personne qui a besoin qu’on l’écoute.

C’est un travail de prévention, d’écoute et d’accompagnement de fragilités, de projets de reconversion professionnelle. Travail en équipe au service de la prévention santé « prévenir plutôt que guérir », une équipe complémentaire, qui travaille bien ensemble. Des horaires stables qui me permettent de vivre à coté et d’avoir des projets

Une formation SST en cours pour enrichir encore mon travail.

J’ai retrouvée une qualité de vie au travail, et de la motivation.

Témoignage de Thomas

Je m’appelle thomas, j’ai 33 ans et je suis papa de 2 enfants. Je vais vous parler de mon parcours dans un premier temps.

Je suis un enfant de la Villeneuve, j’y ai grandi et habité jusqu’à mes 21 ans. J’Y ai fait ma scolarité jusqu’au collège avant d’aller au lycée Mounier.  J’ai ensuite fait un BTS commercial au lycée Marie Curie d’Echirolles.

En parallèle de mes études j’étais animateur à la maison de l’enfance Premol au village olympique.

Après mon BTS, j’ai vécu deux premières expériences professionnelles qui m’ont permis après coup de découvrir la dureté du monde du travail et  « l’économique avant tout »» dans ce qu’il a de plus cynique

Je suis resté 3 ans comme chargé d’affaires au journal d’annonce légal « les Affiches de Grenoble et du Dauphiné »,mon patron ayant profité d’une mesure d’exonérations de charge sur 3 ans si embauche d’un jeune venant d’une Zone Urbaine Sensible, comme l’était la Villeneuve. Tout ça, je l’ai compris plus tard.

Alors que tout se passait bien, au bout de ces 3  ans, sous prétexte de fusion entre 2 services, on m’a annoncé qu’on ne me gardait pas.

Décidé à me défendre, j’ai négocié une rupture conventionnelle, mesure qui venait de se mettre en place. Je m’étais beaucoup investi dans ce travail, cela m’a paru normal de négocier. Ça n’a pas été facile face à la hiérarchie, mais au final  ça a marché. Cela m’a permis de rechercher un nouvel emploi avec moins de pression, car disposant d’une prime de départ et des indemnités chômage.  

Peu de temps après, je démarrais un contrat de 6 mois dans une agence de caisse d’épargne. J’ai vite déchanté face à la pression mise pour vendre des produits, des placements, quand les clients appelaient pour des questions diverses. Nous avions des primes individuelles et par service en fonction de notre taux de « réussite »… mon contrat terminé n’a pas été renouvelé, pas assez agressif semble t’il dans mon rapport aux clients. j’en suis parti sans regret.

Suite à cette expérience, 2 opportunités de CDI s’offraient à moi : travailler dans une autre banque avec des horaires jusqu’à 20h et le samedi, ou intégrer la Caisse Primaire d’Assurance Maladie de l’Isère.

J’ai donc choisi le travail qui avait le plus de sens pour moi, dans un service public où je n’aurais pas affaire à  des clients mais à des assurés. J’ai intégré la PFS de la CPAM (autrement dit les agents qui vous répondent quand vous appelez le 3646). Ce service est aujourd’hui une des portes d’entrée pour évoluer au sein de l’organisme. J’y ai découvert une équipe jeune et motivée malgré les objectifs nombreux à atteindre. (80 téléconseillers devant répondre à plus de 4000 appels par jour, avec un temps d’attente affiché en gros sur des écrans au 4 coins du plateau, l’appel ne doit pas dépasser les 4 min en moyenne et il ne faut pas trop laisser s’exprimer l’assuré pour être plus productif. Les superviseurs écoutent certaines communications et nous notent dessus. Compte tenu de la pression dans ce service il y a un gros turn over entre les départs et les arrêts maladie ce qui dégrade la qualité de réponse aux assurés. 

 La législation changeant souvent, il fallait aussi se mettre à jour très souvent. Il arrivait des jours ou les assurés nous apprenaient eux même de nouvelles règles qu’ils avaient entendus aux informations la veille).

Outre ces conditions de travail pénibles, J’ai découvert aussi les lenteurs et la complexité de faire bouger les choses dans les services publics, les agents CPAM n’ont pas le statut  de fonctionnaire, (statut privé) mais c’est tout comme en terme d’échelon et de prise de décisionJ.

J’ai quitté la plateforme au bout de 3 ans pour intégrer le service « accident de travail »

Cela m’a dégagé plus de temps pour m’impliquer plus collectivement, avec l’envie de contribuer à faire bouger les choses, fort de mes différentes expériences au sein de la CPAM.  Je me suis renseigné et rapproché des syndicats en place. J’avais déjà de bonnes notions à ce niveau-là étant dans une famille de militants depuis des générations.

J’ai rejoint  le syndicat qui me correspondait le plus, la CFDT, et  j’ai rencontré une équipe au service de l’intérêt général qui m’a rapidement intégrée et qui m’a donné des responsabilités. Un an et demi après mon arrivée, j’ai été élu suppléant du CSE de mon organisme.

J’avais des responsabilités concernant les œuvres sociales (locations été/hiver, prêt aux agents, chèque vacances…..). je défendais des principes :  …… j’ai découvert aussi la partie plus « économique » du CE, à savoir les conditions de travail, l’emploi, la rémunération….

Cela m’a accroché  et les élections suivantes, en 2019, j’étais tête de liste aux élections du CSE. Je suis également depuis délégué syndical, ce qui me permet de participer à toutes les réunions avec la direction (les Négociations Annuelle Obligatoire notamment) .

Même si nos marges de manœuvre nous apparaissent  limitées (la plupart des décisions sont prises au niveau national et dupliquées en local), on arrive quand même à faire bouger un peu les lignes pour des conditions de travail, de salaire meilleures, pour une qualité de service à rendre. Nous avons négocié un accord local de télétravail permettant aux agents de faire jusqu’à  3 jours de télétravail par semaine, l’octroi de prime de téléphone pour certains services….

Mon équipe syndicale a à cœur aussi de prouver que l’engagement syndical à encore du sens et qu’il est essentiel pour faire avancer les choses, c’est le message que nous portons auprès des salariés.

On entend souvent des collègues se plaindre de leurs conditions de travail où de leurs rémunérations, les amener à s’engager est dur, même quand on leur explique nos actions. Pour la plupart, ils pensent que cela pourrait nuire à leur carrière. Alors qu’un engagement syndical peut aussi être l’occasion de se connaître mieux, de prendre de l’assurance.  En tant que délégué syndical, je dois gérer ma section syndicale, ce qui équivaut à un poste de manager. Cela apporte de l’expérience : animer, négocier, être à l’écoute des salariés, les accompagner dans des démarches, (j’ai accompagné un agent qui étais en conflit avec son responsable car il ne voulait pas qu’elle fasse du télétravail malgré les recommandations de la médecine du travail, après 2 réunions nous avons obtenu qu’elle réalise sa semaine de travail sur 4 jours dont un en télétravail. Elle a aujourd’hui rejoins mon équipe syndicale .

Mon travail a aujourd’hui plus de sens pour moi, je gère des dossiers pour les assurés et j’accompagne et je défens mes collègues de boulot grâce à mes mandats syndicaux, je fais en sorte à mon niveau d’être acteurs du changement.

Réaction à la prière du chômeur

 

Oui, je suis chômeuse. Toi, Seigneur tu le sais. Mon voisin lui ne le sait pas. Même quand il me dit : « alors, fini la journée ». Je réponds oui sans plus.  Je n’en profite pas pour lui dire que je suis au chômage que pour moi la journée de travail n’a pas commencé. Seigneur, toi tu connais ma souffrance.  De là à dire qu’elle est profonde c’est un pas que je ne franchirais pas.

Il nous a été lu : « le sentiment de ne plus exister comme homme dans la société ». En ce moment j’ai très peu d’entretiens. Mais je sens bien que je suis reconnu par mon expérience administrative. Mais il y a la question fatidique : « Comment ça se fait » (Sous-entendu, ça fait 6 mois que vous êtes sans activité).

Même dans ma propre famille, certains s’interrogent : C’est ma tante qui me dit à peu près ces mots : Est-ce que tu comptes rester comme ça jusqu’à la retraite ?

Suis-je encore reconnu et aimé : bien sûr par la famille et les amis dont l’équipe ACO. La vie de chaque jours ne se résume pas au chômage.

Toi, Seigneur tu es toujours là, donne-moi la force à chercher sans relâche du travail, donne-moi la confiance devant un employeur.

Devenir solidaire : c’est ce qui s’est passé entre anciennes collègues, nous nous voyons pour préparer les entretiens. On se téléphone pour les nouvelles, les offres d’emploi qui conviendraient aux unes et aux autres.

Ensemble, il devient possible de construire un monde nouveau, sans laissé pour compte. Cela me fait penser au stage que j’ai eu la chance de faire au secours populaire, où ensemble on s’occupe des laissés pour compte. Faire l’expérience de prendre soin de l’autre ça grandit.

 

Relais « QUALITE DE VIE AU TRAVAIL » du 19 mars 2022

Reprise des appels ressortis des carrefours

« L’action syndicale permet de lutter contre la déshumanisation du travail, contre l’isolement, de révéler des talents, d’avoir une vue d’ensemble du système d’’organisation du travail, et ainsi de mieux analyser les problèmes »

« Chacun à son niveau peut faire bouger les choses. Vivre aussi une responsabilisation plus collective, maintenir toujours de la communication »

« Le monde du travail est plus morcelé. Pas facile quand cohabitation de différents types de contrats (CDD , intérim, CDI..) car pas les mêmes attentes ni enjeux par rapport au travail. Ça me renvoie à plus parler entre collègues, à tenter de se comprendre…Rôle important aussi de l’encadrement  dans le « faire ensemble », et l’équité dans la charge de travail et l’implication »

« il faut ré affirmer que le sens prime, l’humain prime. Je vais parler de ce sujet avec des potes autour de moi pour les sensibiliser, copines en fin d’études entrants  dans le monde du travail »

« S’unir, tenir bon. Tenir sur ses valeurs en toute situation professionnelle. S’y essayer au moins, pour viser une organisation du travail qui respecte tout le monde »

« Des emplois protégés où on attend de la productivité et de la rentabilité là aussi. ,au détriment de la santé parfois (87 000 cartes d’électeurs à mettre sous enveloppe dans un ESAT avant les présidentielles, sur 10 jours, une pression sur les équipes, mouvement mécanique et répétitif pénible)

« Au travail, écouter l’autre, tenter de comprendre son point de vue, chercher ensemble de l’amélioration »

« Soutenir les jeunes dans leur parcours, leurs choix parfois risqués pour rester eux même dans le milieu professionnel »

«  Comment améliorer les milieux de la santé et du social en souffrance, moins de moyens, plus de mécanique, moins d’humain, alors que les besoins augmentent »

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